Psychologie Positive en contexte professionnel : une injonction au bonheur ?

On est en droit de se demander si la Psychologie Positive n’est pas tombée dans le piège du bonheur à tout prix. En effet, force est de constater que de plus en plus d’entreprises se sont appropriées certaines dimensions de cette discipline, le plus souvent celles qui les intéressaient, au détriment d’autres moins consensuelles (précarité du travail, accélération de la vie, stress au travail,…) Les plus intéressantes pour les entreprises et le management sont celles de bien-être au travail, de santé au travail, d’optimisme, de motivation, de force… Est-ce un heureux hasard ? Comment et pourquoi en quelques années nous sommes passés d’une problématique de la souffrance au travail à une problématique du bien-être au travail ? Comment doit-on interroger cette dynamique des entreprises qui s’intéressent de plus en plus à ce que nous avons de plus intime : notre santé ? Comment une telle dynamique impacte-t-elle non seulement le travail, les salariés mais aussi l’exercice du mangement ? Le message de la PP a souvent été dévoyé et on peut se demander à qui en revient la responsabilité ? La PP apparait comme un levier nouveau pour mettre la main sur la santé. Cela tombe bien la santé est à la mode. Tout est fait dans notre société pour la santé. On mange, on bouge, on médite, on court, on prie, on fait l’amour, non pas parce que c’est bien et « jouissif », mais parce que c’est bon pour la santé. Même la table est devenue la nouvelle « officine » en vogue. Nous mangeons pour ne pas tomber malade ou pour préserver notre capital devenu le plus cher : notre santé. Même les aliments sont devenus les nouveaux médicaments du siècle ! Plus de place pour le plaisir, la jouissance et les excès. Tout est compté, le nombre de pas faits par jour, nos battements cardiaques, nos heures de sommeil, notre niveau de stress, notre poids, le taux de graisse et de muscle, les calories ingérées, le nombre de fois où nous faisons l’amour…tout est passé dans la moulinette de la e-santé personnelle. Tout cela est si bien intégré dans nos cerveaux de mieux en mieux formatés que nous nous soumettons nous-même à une observation journalière des plus intrusive, qui si elle était venue de l’extérieure aurait été rejetée et aurait provoqué une indignation immense au nom du respect de notre liberté et de l’accès à nos données personnelles. Nos téléphones et autres tablettes sont devenus les nouvelles prothèses d’une conscience moderne externalisée que l’Intelligence Artificielle améliore chaque jour pour notre bien. Une exo-conscience à laquelle nous sommes disons-le, de plus en plus asservi ! La meilleure aliénation, la meilleure soumission, est celle librement consentie, l’aliénation de soi par soi est quand même ce qui fonctionne le mieux. La pire des soumissions en fait…L’engouement pour la pleine conscience en entreprise par exemple procède de ce nouvel engouement et c’est à n’en pas douté ce qui contribue aussi à son succès. Plus de Dieu ou d’idéologie pour guider nos vies dans nos sociétés occidentales, c’est la santé et sa préservation qui sont devenues le nouveau crédo à la mode. Les entreprises n’y sont bien entendu pour rien, mais elles ont su profiter de l’opportunité pour se mettre en phase avec des revendications bien plus faciles à satisfaire. Au fond être pour la santé, c’est comme être contre l’injustice, cela a pour effet de fédérer le plus grand nombre et de faire consensus. Pour autant, n’y a-t-il pas derrière de telles approches des relents idéologiques à peine dissimulés. Ces approches, y compris pour la pleine conscience consiste d’abord à se préoccuper de soi avant tout. C’est une santé pour soi-même dont il est question. Il n’y a pas derrière ces approches d’ambition ou de projet sociétal. Il s‘agit en fait de donner les outils à chacun pour être autonome et gérer son rapport au monde. Au fond on pourrait même penser que cette question du bien-être a tout prise et une forme d’apogée du capitalisme. C’est un bien-être par soi et pour soi, où il s’agit même de transformer les salariés en mini-entrepreneurs devenus responsables de ce qu’ils sont, de ce qu’ils font, de ce qui leur arrive. Plus d’excuse, il ne s’agira plus de se plaindre. En même temps on peut que comprendre l’engagement des salaries dans cette nouvelle idéologie de la préservation de la santé. Tout simplement parce que cet apogée du capitalisme a clairement fixé les règles du jeu. Chacun sait qu’il ne peut compter que sur lui-même. Fini les collectifs de travail, fini les collègues bienveillants, fini les hiérarchiques impliqués dans le travail des salariés. Chacun de nous ne peut compter que sur lui pour faire son chemin. Nous sommes donc seul pour faire face à ce que nous impose la vie sans possibilité de prendre appui sur qui que ce soit. Alors la santé est bien devenue un capital dont on ne peut se passer. Tenir le coup dans des environnements professionnels de plus en plus contraint est devenu le nouveau défi à relever.

Posted by admin4199

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