Violences sexuelles vécues, quel avenir sexuel ? – Marie-Hélène Colson

Nous avons souvent tendance, en matière de viols, d’actes de pédophile ou d’incestes, à évoquer l’acte commis, principalement sous l’angle de ses implications collectives. L’accent est principalement mis sur les conséquences juridiques, pénales et sociétales, dans une société où les crimes sur enfants sont de plus en plus nombreux à être révélés, au sein d’une société de plus en plus sensibilisée par les media, et qui reconnaît désormais la violence sexuelle après l’avoir longtemps tue,
Mais l’importance des implications sociales et collectives des crimes sexuels perpétrés sur l’enfant ne doit pas nous faire oublier les conséquences individuelles et bien concrètes d’un tel acte. 38.3% des femmes et 59.2% des garçons victimes d’atteintes sexuelles, hors harcèlement sexuel, l’ont été avant l’âge de 14 ans (Debauché et al, 2017).
Nous commençons tout juste à réfléchir aux conséquences de ces dommages sur leur vie d’adulte, mais, pour exemple, 98% des survivants d’incestes d’une série de 258 hommes et femmes disent souffrir de grandes difficultés à former et à maintenir des relations intimes jugées satisfaisantes (Aubry et al, 2009).
L’enfant abusé sera un adulte à tout jamais marqué dans sa chair et dans son fonctionnement psychique. Sa sexualité d’adulte en portera durablement les traces. L’idée de traumatisme vécu, qui ébranle la vie et engage le pronostic affectif de l’enfant en devenir, est un concept relativement récent (Burgess et al, 1974), comme celui de psycho-traumatisme (Tarquinio et al 2014), tout autant que la structuration de leurs prises en charge.
Le traumatisme, en s’ancrant dans le corps, va donner naissance au symptôme. Un symptôme qui sera la seule expression de la sexualité une fois atteint l’âge adulte. Les enfants abusés vont devenir des adultes anaphrodisiques, vaginiques, dyspareuniques, vulvodyniques. Tout autant de symptômes marquant l’impossible accès à son propre corps d’adulte, au corps de l’autre, à l’intimité partagée. Il n’existe pas de traumatisme minime et la gravité des séquelles est fonction de l’impact émotionnel ressenti, de la durée de l’exposition à l’abus, et de l’âge de la victime au moment des faits (Beitchaman et al, 1992).
La guérison est possible. Elle demande du temps, une thérapie, le concours du partenaire, quand il y en a un. Grâce à lui, à son amour, une autre image de la sexualité pourra se construire pour remplacer celles du viol, des attouchements, de la violence faite à son corps d’enfant. Le partenaire est l’irremplaçable support par lequel le changement peut s’opérer. Le changement passe par un corps à investir, une identité à construire, une relation à l’autre, aux autres, à transformer. Guérir, c’est transformer peu à peu l’expérience affective du corps. Guérir c’est apprendre à se laisser aller à la charge émotionnelle d’une expérience affective qui sublime les gestes de la sexualité en une fusion amoureuse véritable. C’est aussi apprendre à aimer la vie qui s’éprouve en soi. C’est apprendre à se sentir libre d’accepter ou de refuser le désir de l’autre, c’est apprivoiser le plaisir, et ne plus jamais en être victime.

Dr Marie Hélène Colson, Directeur d’Enseignement DIU sexologie, Faculté de Médecine Marseille, Vice-Présidente de l’AIUS

Références :

Aubry I., Apers S. (2009), Être parent après l’inceste. L’inceste, quand les victimes en parlent, Lyon, Éditions J. Lyon.

Beitchman, JH, Zucker KJ, Hood JE, et al. A review of the long-term effects of child sexual abuse. Child Abuse Negl 1992;16:101-118.

Burgess et Holstrom, 1974. Burgess et Holstrom, 1974. Burgess, A.W., & Holstrom, L. (1974). Rape trauma syndrome. American Journal of Psychiatry, 131, 981-986.

Debauche A., Lebugle A., Brown E., et al. The Virage survey, first results, INED, Documents de

travail n° 229, 2017, 67 pages

Tarquinio, C., Montel, S. (2014). Les psychotraumatismes: Histoire, concepts et applications. Paris: Dunod.

Voir la présentation de Madame Colson

Posted by admin4199

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